Le jeu vidéo, une référence culturelle?

En septembre 2017 la ministre de la Culture, Françoise NYSSEN défendait le caractère culturel du jeu vidéo en affirmant que celui-ci était « un vrai élément de notre culture en France », « un art comme les autres ». Une surprise ? Pas vraiment.

Même si le jeu vidéo a été régulièrement dénoncé comme abrutissant, voire nocif, et que seuls « 7% des Français considèrent que le jeu vidéo est, par nature, un objet culturel » selon une étude sur les représentations de la culture dans la population française effectuée en 2016 par le ministère de la Culture, sa place dans le débat culturel a bien changé ces dernières années. Lors de la campagne présidentielle, Jean-Luc MELENCHON, interrogé en mars 2017 par Europe 1, insistait déjà sur le caractère culturel des jeux vidéo en soulignant leur aspect pédagogique en le qualifiant d’ « instrument magique de formation et de culture ». Il relève entre autres le caractère 3D qui fait du jeu vidéo une expérience à part entière, mais également le fait que le « comportement du jeu » est « structurant de l’imagination humaine ». Enfin, après avoir constaté qu’il y a en France un « mépris pour les jeux », Jean-Luc MELENCHON en est même venu à proposer la création, dans la même veine que le CNC (Centre National du Cinéma),  d’un Centre National du Jeu Vidéo !

Il s’agit ici d’évoquer la première industrie de divertissement au monde, qui a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros en France en 2017. Un secteur très attractif qui, contrairement aux idées reçues, n’est pas seulement destiné aux « adolescents » puisque la moyenne d’âge de ses consommateurs est de 34 ans.

Malgré leur omniprésence, les jeux vidéo font l’objet d’un incroyable travail d’artisan ! Il suffirait de mentionner le travail des scénarios ou des personnages qui ont déjà inspiré le cinéma, comme Assassin’s Creed avec Marion COTILLARD, ou encore plusieurs adaptations comme Prince of Persia ou Hitman, pour constater que ce n’est pas seulement le cinéma qui inspire les jeux vidéo ! Doit-on parler du travail des compositeurs ? A titre d’exemple le compositeur allemand, Hans ZIMMER à l’origine de la musique de Batman a signé les thèmes principaux de Call of Duty : Modern Warfare 2, et plus récemment  le compositeur britannique Clint MANSELL à l’origine, entre autres de Black Swan a composé la musique de Mass Effect 3. Les exemples dans le secteur sont multiples. Ils nous font voyager, créent des univers inédits, comme ceux de Mario ou Zelda qui ont marqué des générations de joueurs. Considérés comme une forme d’art numérique par les institutions culturelles, les jeux vidéo deviennent de réelles œuvres d’art et occupent petit à petit les musées. Rappelons-nous de l’exposition Game Story au Grand Palais en 2011, ou le fait qu’en 2012 le MoMa (Musée d’art moderne de New York) a rajouté à sa collection d’œuvres d’art 14 jeux vidéo. Enfin, les jeux vidéo peuvent également être considérés comme de vrais ambassadeurs culturels, qui n’a jamais vu dans son entourage un passionné qui a voulu apprendre le japonais après avoir joué à Zelda ou à Pokémon ?

Le jeu vidéo est exigeant, il ne défile pas comme un film, on ne peut pas être simple spectateur, il accepte d’offrir une magie à son consommateur si celui-ci accepte de devenir un vrai joueur. Les jeux font appel à notre créativité, et nous offrent la possibilité de visualiser l’inimaginable, le passé ou le futur, car qui n’a jamais construit une maison de rêves avec The Sims ?

Enfin, il faut dire qu’au niveau de l’économie culturelle, les jeux s’imposent ! En effet, GTA V a fait l’objet d’une attention médiatique assez considérable puisqu’il s’agirait du « produit culturel le plus rentable de l’histoire », avec un investissement initial de 265 millions, GTA V aurait dégagé un revenu de plus de 6 milliards de dollars depuis sa publication en 2013 !

De quoi justifier un Centre National des Jeux Vidéos ?

 

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