Après la culture pour tous, la culture partout ?

Les supporters du RC Lens ont exemplifié pour toute la France l’importance de la mobilité des œuvres d’art en déployant un grand tifo de la Joconde qui faisait écho à l’idée de la prêter au Louvre de leur ville. Car derrière les belles images se cachent la réalité de tristes statistiques.

Les chiffres sont éloquents : quand le ministère de la Culture dépense chaque année en moyenne 139 euros par habitant à Paris et en Ile-de-France, le reste du pays se partage… 15 euros par habitant ! Parmi ces disparités, certains bassins de vie sont particulièrement désavantagés, comme le souligne la cartographie des équipements culturels publics, les territoires d’outre-mer d’une part, mais aussi certains départements de la métropole comme les Vosges, la Moselle, le Loiret, l’Eure ou encore la Vendée. La rue de Valois pointe ainsi l’existence de zones blanches du service public culturel, à savoir les bassins de vie dans lesquels il y a moins d’un équipement culturel public pour 10 000 habitants.

Si depuis plusieurs années, la réponse des gouvernements successifs pour renforcer l’accès des publics à la culture a souvent été d’étendre la gratuité, la mise en perspective de ces disparités territoriales révèle une autre face du problème : tous les habitants n’ont pas les mêmes possibilités d’accéder physiquement à ces établissements. Dès lors, la gratuité rate son objectif : il faut dynamiser l’offre de culture avant d’essayer d’en stimuler la demande. C’est à cet aspect du problème que le ministère a choisi de s’attaquer en mettant en place le plan « Culture près de chez vous » s’appuyant sur trois piliers : artistes et culture sur les routes de France, mobilité des œuvres, déploiement à travers toute la France des « Micro-Folies » (structures légères itinérantes), musées numériques de proximité.

Concrètement, les établissements publics nationaux du spectacle vivant (Chaillot, Comédie-Française, Opéra de Paris…) seront appelés à faire davantage tourner leurs spectacles en région. Mais l’initiative concerne aussi d’autres acteurs moins conventionnels, comme les Tréteaux de France, avec lesquels Robin Renucci fait voyager un centre dramatique national, Sono Truck, un camion qui permet aux jeunes de découvrir les métiers du son, ou encore le Mumo, musée itinérant d’art contemporain destiné à aller directement à la rencontre des enfants de 6 à 12 ans.

Ce potentiel changement de paradigme, qui doit encore être confirmé dans le temps et dans l’ambition (l’effort budgétaire annuel devrait atteindre 10 millions d’euros en 2022), saura-t-il dépasser l’obstacle, régulièrement souligné par Valeur(s) Cultures, de l’envie ? A cet égard, la capacité des initiatives itinérantes à proposer une médiation entre l’œuvre et le public restera déterminante…

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