Entre “progrès“ et “efforts“, le point sur l’égalité hommes/femmes dans la culture

Alors que c’est dans le milieu de la culture, avec les scandales liés au producteur de cinéma Harvey Weinstein, qu’a éclaté la série de dénonciations de la domination masculine dans le monde professionnel, ce n’est que progressivement que l’opinion s’est intéressée aux discriminations et aux harcèlements dans les arts.

Les derniers mois ont montré que le hashtag #MeToo n’avait pas de frontières, mais les « porcs » (le surnom dont été affublé Harvey Weinstein quand il descendait à Cannes, repris en France pour dénoncer tous les comportements masculins tendancieux) ont surtout été dénoncés parmi les hommes politiques, dont la tendance à confondre pouvoir moral et pouvoir physique paraît la plus évidente, et parmi les hommes en général, dont la violence verbale du quotidien, trop longtemps négligée, devrait faire l’objet d’un projet de loi.

Qu’en est-il de la culture ? Il y a plus de dix ans, en 2006, le rapport Reine Prat, commandé par le ministère de la Culture avait déjà dénoncé la situation en révélant que les hommes représentaient 92% des théâtres consacrés à la création dramatique, 89% des institutions musicales, 86% des établissements d’enseignement, 97% des compositeurs, 94% des chefs d’orchestre, 85% des auteurs des textes ou encore 78% des metteurs en scène des théâtres du secteur public ! En 2015, la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin, présidente de la délégation aux droits des femmes,  considérait, dans son rapport Rendre visible l’invisible », que la condition des femmes dans le monde de la culture ne s’était pas améliorée.

Face à ces inégalités criantes, et poussés par le contexte de l’affaire Weinstein, le Centre national du cinéma a annoncé le 13 mars plusieurs mesures dont la création d’un observatoire de l’égalité hommes/femmes et l’instauration de la parité dans les jurys de festivals. Deux semaines plus tôt, à l’initiative d’une fondation britannique, près de cinquante événements musicaux s’étaient engagés à élaborer des programmations égalitaires… d’ici à 2022. Dans un autre secteur, celui du livre, le ministère de la Culture constatait que si 41 % des 108 lauréats des principaux prix littéraires entre 2010 et 2017 étaient des femmes, les jurés des Goncourt, Renaudot, Décembre, Interallié et Médicis ne comptaient que 24 % de femmes en moyenne.

Inégalités salariales, inégalités de responsabilités, inégalités de reconnaissance… Comme dans chaque secteur, un examen attentif dévoile que les industries culturelles et créatives cachent des inégalités criantes : dans les salaires, les responsabilités ou la reconnaissance. Mais la culture a un important devoir d’exemplarité : à travers les films, les chansons ou les livres, chacun crée et construit son environnement et sa personnalité.

Le ministère de la Culture ne s’y est pas trompé en présentant une feuille de route égalité hommes-femmes 2018-2022, par laquelle les établissements culturels publics et privés devront désormais présenter leur progression salariale chiffrée au ministère. De même, la ministre s’est engagée à ce que la moitié des 76 établissements publics du secteur de la culture (musées, patrimoine, spectacle vivant, enseignement, audiovisuel, bibliothèques) soient dirigés par des femmes d’ici à 2022, contre un tiers actuellement.

 

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