Les bibliothèques, nouvel outil de « démocratisation » culturelle ?

« Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end » annonçait Emmanuel Macron, alors candidat, en mars 2017. Moins d’un an plus tard, celui qui est entretemps devenu Président de la République a reçu des mains d’Erik Orsenna, écrivain membre de l’Académie Française, son rapport « Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd’hui, lire demain… ».

Pour mettre en œuvre l’engagement présidentiel « d’ouvrir mieux et plus» les bibliothèques,  l’Académicien Erik ORSENNA nommé « ambassadeur » de la lecture par la ministre de la culture, accompagné de Noël CORBIN, inspecteur général des affaires culturelles ont fait un « tour de France » de trois mois des lieux de lecture publique. Une mission qui leur a permis de « recueillir les attentes des parties prenantes (élus, professionnels des bibliothèques et usagers) et de mesurer le dynamisme des bibliothèques, en ville comme dans les territoires ruraux » d’après l’article du Ministère de la culture. S’en suit la remise d’un rapport qui comprend 19 mesures, qui préconise la prolongation du programme « Bibliothèques ouvertes + » lancé en octobre 2015, et souligne la nécessité d’une extension des horaires d’ouverture des établissements de lecture publique, « Il s’agit alors, pour “rendre accessible“, de mettre en place une politique de démocratisation ». Les bibliothèques sont désormais au cœur du sujet des politiques de démocratisation culturelle, en effet l’ambition du Ministère de la culture serait de « transformer les bibliothèques en maisons de service public culturel de proximité, au service de la culture, de l’éducation, de l’inclusion numérique, de la lutte contre les inégalités et de l’égalité des territoires ».

A la source de ce rapport sur le « premier réseau culturel français » plusieurs constats sont à relever. Emmanuel MACRON avait d’abord évoqué que les bibliothèques françaises n’étaient ouvertes que 41 heures par semaine dans les grandes villes, contre 98 heures à Copenhague. En effet, seules « 130 des 16 500 bibliothèques et points de lecture de France ouvrent ainsi le dimanche ». La volonté d’ « ouvrir plus et mieux » les bibliothèques va donc dans le sens du travail de Valeur(s) Cultures pour « rapprocher les œuvres du public » puisque comme l’avait relevé le sondage « Les envies culturelles des français » en partenariat avec l’IFOP, seuls 17% des interrogés répondaient avoir été plus de 5 fois dans une bibliothèque ou une médiathèque publique quand 51% disaient ne s’y- être jamais rendus. L’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques ainsi qu’une ouverture dominicale, serait donc une façon de s’adapter à nos modes de vies et de « réduire les fractures » culturelles et sociales.

Le « rapport Orsenna », comme on le surnomme a été pour le moment bien accueilli par les professionnels de la lecture publique. Marine BEDEL, Présidente de l’ADBGV (l’Association des Directeurs de Bibliothèques municipales et des Groupements intercommunaux des Villes de France) a souligné « une forme d’enthousiasme » présent dans le rapport ; Déborah MUNZER, Présidente de la FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales pour la Culture) a affirmé que le rapport « reconnait l’utilité démocratique des bibliothèques » ; Xavier GALAUP, président de l’ABF (l’Association des Bibliothécaires de France) a dit que le rapport livre « photographie pertinente et positive des bibliothèques et médiathèques ». Ce dernier évoque d’un autre côté, un « point noir » dans le rapport, qui est la question du financement qui n’est alors que « survolée ». Dans le Projet de loi de finances 2018 il est souligné que « l’extension des horaires des bibliothèques sera soutenue, pour revitaliser le maillage culturel de proximité » mais aussi que 80,4 M€ sont mobilisés « en faveur des projets les plus significatifs d’investissements ou d’élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques ».

La suite ? Il faudra attendre le 9 avril prochain, lors de la journée professionnelle, organisée par le ministère de la Culture, pour en savoir plus sur la mise en œuvre des préconisations du « rapport Orsenna ».

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