Portrait #4 – Laurence Drake

Actuellement Déléguée générale du Fonds de dotation InPACT et membre du think tank Valeur(s) Cultures, Laurence Drake répond à nos questions !

Valeur(s) Cultures : Vous dirigez le fonds de dotation InPACT depuis sa création en 2012. De quoi s’agit-il ?

Laurence DRAKE : InPACT est une aventure extraordinaire et un outil formidable ! Les 112 projets soutenus depuis 2012 expriment mieux que tous les discours la mission que nous nous sommes fixés : mettre l’art au service des personnes les plus vulnérables en leur permettant de participer à des processus de création collective. Pour chaque projet, un artiste ou un collectif ouvre son questionnement, son langage et ses outils à des participants qui vont cheminer plusieurs mois ensemble, vers la création d’une œuvre collective. Ce sont des projets très ambitieux et exigeants, qui demandent un énorme engagement de la part de tous les partenaires.

Nous faisons le pari que l’art transforme ; ces projets permettent aux personnes de retrouver confiance en elles, de se connaître, se reconnaître. Il est bien sûr question de lien social, d’insertion, de développement personnel et collectif avec des projets à taille humaine mais au très fort potentiel de transformation.

La notion de collectif est centrale et oriente tout notre travail depuis les projets jusqu’à la gouvernance. Nous assumons ainsi un engagement philanthropique nourri et résolument tourné vers l’avenir.

InPACT est aussi un espace de réflexion pour les artistes, d’accompagnement, de rencontre entre acteurs des champs culturels ou sociaux qui ne se côtoient pas, un espace de collaboration public-privé qui lui aussi a fait ses preuves.

 

V(S)C : Quels types de projets soutenez-vous ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?

LD : Théâtre, écriture, photographie, vidéo, film, danse, chorégraphie, arts plastiques, création sonore… tous les chemins artistiques sont empruntés. Peut-être pouvons-nous citer l’exemple très récent de Mon Corps Ma Cage, qui a été présenté au TAP il y a quelques jours ; un groupe de femmes victimes de la traite et un groupe d’habitants de Poitiers ont travaillé à une triple performance théâtrale. Sous forme de triptyque, le projet s’est déroulé depuis 18 mois et a été ponctué par trois représentations, dont la dernière sur la scène nationale de Poitiers. Humainement et artistiquement, ce projet a été exceptionnel. Nous pourrions citer Itinéraire Bis, une fiction à la fois drôle et rythmée qui a dynamité la vie d’une petite ville où lycéens, personnes âgées et adultes handicapés vivaient en voisins sans se connaître.

V(S)C : Pouvez-vous justement mesurer l’impact de vos actions ?

LD : Nous attachons une grande importance à une étude aussi fine que possible de la résonance des projets sur les personnes, et sur le corps social. Nous mettons en place un suivi très fin, sur toute la durée du projet. L’artiste n’est pas un travailleur social ni un soignant… Ce sont aux partenaires sociaux d’observer les évolutions. Il ne s’agit pas de recueillir des impressions, super-formidable-j’ai aimé, mais bien de mesurer le retentissement d’une proposition artistique dans des contextes où elle n’est en général pas invitée. Evolution de la personne dans son parcours d’insertion, autonomisation de pratiques culturelles, qualité de l’écoute et évolution des relations dans le groupe et à l’extérieur du groupe… tout ceci se prépare avant même le début du projet.

V(S)C : Vous avez reçu cette année le Grand Prix « Un projet, un mécène » du ministère de la Culture. Quelle est la prochaine étape ?

LD : Quelle joie pour InPACT de recevoir ce grand prix ! La prochaine étape ? Nous avons fêté cette année nos cinq ans et cent projets ; prochaine étape, 200 projets !

Nous avons énormément de projets en perspective, mais cela ne se réalisera pas sans grandir et sans accueillir de nouveaux donateurs.

Notre accompagnement au plus près a fait ses preuves. Nous sommes à l’écoute des acteurs, des territoires, des espaces, des lieux, des équilibres fragiles, nous ne plaquons ou parachutons pas des projets mais les construisons avec les équipes présentes. Seul l’artiste fait irruption, pour un temps. Nous voudrions aussi pouvoir agir dans les territoires ultramarins, ce que nous ne pouvons faire aujourd’hui faute de moyens suffisants.

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