Mettre l’envie au coeur de la culture

À l’heure où la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen prend ses marques Rue de Valois, et à quelques jours des Molières 2017, Le Point.fr publie la tribune du think tank Valeur(s) Cultures, qui propose trois pistes pour que les Français renouent avec leur culture.

[Lire l’article sur Le Point ICI]

Une récente enquête sur les envies culturelles des Français conduite par l’Ifop pour notre think tank Valeur(s) Cultures montre que, pour une part importante de Français – entre un quart et la moitié d’entre eux selon les activités culturelles concernées –, ce n’est pas le manque de temps ou d’argent qui les empêche de visiter une exposition, d’aller au théâtre ou de lire un livre, mais le manque d’envie.

Cette réponse invite à revisiter et à enrichir les politiques culturelles : alors que leur objectif consiste depuis de longues années – et à juste titre – à rendre la culture accessible, elles ont souvent négligé de rendre la culture désirable et praticable par chacun.

La quête du désir

Rapprocher les œuvres du public en ouvrant des établissements culturels sur tout le territoire ou rapprocher le public des œuvres en proposant une acception moins élitiste de la culture participent d’une approche initiée il y a plus d’un demi-siècle : faciliter l’accès à la culture. On retrouve cette même logique dans les propositions qui ont émergé lors du récent débat présidentiel, par exemple celle d’un pass culturel de 500 euros pour tous les jeunes de 18 ans ou d’un accès gratuit aux établissements culturels.

Hélas, les différentes expériences de gratuité des activités artistiques et culturelles se sont souvent révélées décevantes, ne favorisant ni la venue de nouveaux publics ni la curiosité : on n’ira pas fréquenter une exposition, même gratuite, si on n’en a pas le goût. Créer du rêve et favoriser l’émergence du désir sont ainsi les véritables défis à venir pour le ministère de la Culture.

Trois propositions

Comment redonner, ou tout simplement donner, envie de culture ? À notre sens, il existe trois voies prioritaires, qui demandent une action résolue !

Il s’agit d’abord de mettre la culture au cœur de l’école, là où les savoirs se transmettent, où les goûts se forment et où la curiosité peut s’aiguiser. C’est en attirant les arts et les artistes dans les classes et les cours de récréation, ainsi que sur les espaces numériques de travail, que les enfants pourront les découvrir réellement. En effet, pour avoir une chance de subsister dans la vie de l’adulte, la culture doit d’abord gagner une place dans la vie de l’enfant. L’enjeu est donc de susciter son intérêt et de stimuler sa curiosité à travers des expositions, des interventions, des projections, des ateliers pratiques au sein même des établissements où ils passent la plus grande partie de leur journée…

Si des politiques publiques vont déjà dans ce sens (on peut citer, par exemple, le développement de résidences d’artistes en milieu scolaire), elles doivent être considérablement consolidées en étroite intelligence avec l’Éducation nationale, pour que les initiatives ne reposent pas exclusivement sur la bonne volonté des professeurs, déjà chargés de l’enseignement des programmes scolaires.

Il faut ensuite accorder une large place à la pratique artistique et culturelle. De la même manière qu’un cours de sport ne consiste pas dans le visionnage de séquences vidéo des meilleures performances de champions ou dans l’apprentissage par cœur des règles d’un sport, la culture doit être vivante et vécue. Comme certaines gares ont commencé à le faire, il faut pouvoir mettre des instruments de musique à disposition, mais aussi des livres et des films, dans tous les lieux de vie partagés que sont les écoles, les hôpitaux… ou les entreprises.

Consacrer la responsabilité culturelle des entreprises pourrait être l’un des grands chantiers du quinquennat ! Développer les initiatives favorisant la pratique musicale, comme celle des orchestres de jeunes Démos (dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) ou celles de nombreux acteurs associatifs sur l’ensemble du territoire, constituerait aussi une remarquable avancée.

Enfin, pour susciter l’envie, la culture doit s’adapter aux mutations de nos modes de vie et de consommation. Les lieux, les formats et les prescripteurs doivent se réinventer, ou à tout le moins enrichir leurs approches, pour que les publics se sentent davantage invités, par la simplicité de l’expérience comme par la spontanéité de l’émotion. De formidables innovations permettent aujourd’hui de rendre les lieux de culture plus interactifs et de surprendre leurs visiteurs.

De la réalité augmentée au e-musée, en passant par les applications innovantes ou les médiations culturelles sur les réseaux sociaux, les musées, les sites de patrimoine, les festivals, les théâtres ou encore les bibliothèques s’emparent petit à petit de ces nouveaux moyens pour attiser la curiosité des publics. Ces initiatives doivent impérativement être encouragées et décuplées pour stimuler la digitalisation des lieux culturels, sans détruire la culture des lieux ni en rabattre sur l’ambition de transmission.

La découverte et l’inattendu !

À l’heure où les tout-puissants algorithmes permettent de proposer des produits et des contenus de plus en plus adaptés aux goûts et aux habitudes de chacun, il est urgent de favoriser une politique culturelle de l’envie, qui stimule le goût de la découverte et de l’inattendu !

Formidable chantier que de dessiner ainsi la politique culturelle destinée aux nouvelles générations, consommatrices et actrices de la culture de demain. Face aux défis formidables qui les attendent, il faut plus que jamais les inviter à agir plutôt que s’assagir.

 

Signataires – Le think tank Valeur(s) Cultures

·   Sophie de Closets, présidente de Fayard

·   Thibaut de Saint-Maurice, professeur de philosophie au lycée Gustave-Eiffel, chroniqueur chez France Inter

·   Laurence Drake, déléguée générale du Fonds de dotation InPACT

·   Diana Filippova, cofondatrice de OuiShare

·   Samuel Jéquier, sociologue spécialiste de l’Opinion

·   Grégoire Lassalle, président d’AlloCiné

·   Fred Musa, animateur de Planète Rap sur Skyrock

·   Hervé Rony, directeur général de la Scam, président du Fair

·   Olivier Sichel, président des Amis de la Bibliothèque nationale de France.

·   Joëlle Toledano, professeur des universités à Centrale Supélec, ancienne membre de l’Arcep

·   Valérie Vesque Jeancard, directrice générale déléguée de la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais

·   Robert Zarader, président de Equancy & Co

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